La pleine conscience en EMDR : un pied dans le passé, un pied dans le présent
Par Sylvie Filet. 2 février 2026
En EMDR, on utilise souvent cette image simple et parlante : un pied dans le passé, un pied dans le présent. Elle résume l’un des principes fondamentaux de cette approche thérapeutique : la double attention.
La double attention consiste à maintenir simultanément le lien avec un souvenir traumatique passé et avec la sécurité du présent, ici et maintenant, dans le cadre thérapeutique. C’est précisément cette capacité à être à la fois dans l’expérience et en observation de l’expérience qui rend le travail EMDR possible… et transformateur.
La double attention : revivre sans se perdre
Lors des séances d’EMDR, le patient est invité à se reconnecter à des souvenirs douloureux, parfois très anciens. Mais contrairement à une reviviscence brute, il ne s’agit pas de replonger entièrement dans le passé comme s’il se produisait à nouveau.
La double attention permet de garder un ancrage dans le présent : le cabinet, la voix du thérapeute, la relation thérapeutique, le fait que le danger n’est plus là.
Francine Shapiro, fondatrice de l’EMDR, décrit finement cet équilibre lorsqu’elle écrit, en 2001 :
« Il se peut que l’efficacité de l’EMDR vienne de sa capacité à produire exactement le juste équilibre entre la reviviscence de perturbations émotionnelles et l’obtention d’une position d’“observateur” sans jugement par rapport à l’émotion et au flot des associations somatiques, affectives, cognitives et sensorielles qui surgissent… »
Autrement dit, la guérison passe à la fois par le rapprochement (oser ressentir) et par la mise à distance (pouvoir observer sans être submergé).
La pleine conscience : une compétence centrale du processus de guérison
C’est ici que la pleine conscience prend toute son importance.
La pleine conscience, ce n’est pas « faire le vide » ou contrôler ses pensées. C’est la capacité à porter une attention ouverte, curieuse et non jugeante à ce qui se passe en soi, moment après moment.
En EMDR, cette posture est essentielle :
- remarquer ce qui émerge (images, émotions, sensations corporelles, pensées),
- sans chercher à les provoquer ni à les éviter,
- sans se juger,
- en laissant le cerveau faire son travail naturel de traitement de l’information.
Plus cette capacité est présente, plus le système nerveux peut naviguer entre activation et sécurité, sans se figer ni se désorganiser.
Cultiver la curiosité envers son monde intérieur
Développer la pleine conscience, c’est aussi cultiver une curiosité bienveillante envers soi-même.
Cela peut passer par :
- l’observation de ses pensées (« tiens, cette pensée revient souvent »),
- l’attention portée aux sensations corporelles,
- la reconnaissance de différentes parts de soi, notamment les parts enfant blessées, sans chercher à les faire taire ou à les corriger.
Cette curiosité intérieure est profondément réparatrice. Elle permet de transformer une relation souvent marquée par la peur ou le rejet de soi en une relation plus douce, plus contenante.
Tout ce qui nourrit la pleine conscience soutient la thérapie
C’est pourquoi, dans un processus EMDR, tout ce qui favorise la pleine conscience est bénéfique.
Par exemple :
- la méditation de pleine conscience (adaptée, progressive, respectueuse du rythme de chacun),
- le yoga ou les pratiques corporelles douces, qui renforcent le lien au corps et au présent,
- les thérapies ou approches qui intègrent la conscience du moment présent,
- les temps de pause, de respiration, d’écoute de soi dans le quotidien.
Il ne s’agit pas d’obligations ni de performances à atteindre, mais de ressources possibles, à explorer si et quand cela fait sens pour vous.
Un chemin vers plus de sécurité intérieure
La pleine conscience n’est pas un outil de plus à « bien faire ». C’est une posture intérieure qui soutient la régulation émotionnelle, la tolérance aux affects et, progressivement, la transformation des souvenirs traumatiques.
En EMDR, apprendre à garder un pied dans le passé et un pied dans le présent, c’est apprendre à ressentir sans se perdre, à se souvenir sans être à nouveau en danger.
C’est souvent là que quelque chose de profondément nouveau peut émerger : une sensation de stabilité intérieure, même lorsque l’on traverse des expériences intenses.
Et c’est aussi cela, le cœur du processus de guérison.